SUIVI ENVIRONNEMENTAL DU MILIEU MARIN PROFOND
Distillerie de Savanna
Bois Rouge- St André- La Réunion

 

Situation actuelle et évolution 1999- 2003 du milieu marin et des peuplements macro-benthiques.

 

Client: Distillerie de Savanna-bois Rouge            Dossier n° A 187
Date: Août 2003


Auteurs: BIGOT L., RUSSO C., GARNIER R., QUOD JP
Analyse / rédaction: Bigot L
Terrain / tri / systématique: Russo C, Garnier R, Bigot L
Contrôle qualité: quod JP
Analyse des sédiments: CIRAD Réunion
Moyens à la mer: Delmas C. (« Charles IV » - Ste Marie)

Résumé:
Depuis 1994, le secteur de Bois Rouge fait l’objet d’un suivi régulier du milieu marin, à l’initiative de la Distillerie de Savanna, implantée sur le complexe industriel depuis 1992.
Le suivi environnemental 2003 s’inscrit donc dans une démarche de suivi et de gestion intégrée sur le long terme de l’environnement marin. L’objectif principal de cette étude est de faire un bilan actualisé de la situation environnementale du milieu marin et d’analyser l’évolution du milieu depuis 1999.
Après 10 années d’exploitation d’un forage d’injection littoral, l’ensemble des résultats montre une gande stabilité de la situation du milieu benthique profond depuis ces 3 dernières années. Il existe un impact très modéré et une évolution globale plutôt positive au niveau environnemental de la zone spatiale soumise à l’incidence de rejet souterrain, comparativement aux secteurs proches.
Le diagnostic actuel très encourageant, souligne les capacités d’intégration des rejets de vinasse (et de ses dérivés) en milieu « souterrain / sous- marin » et de son utilisation par la macrofaune sédimentaire, dans le cadre d’un rejet par forage d’injection.
Au vu de ces résultats, la poursuite régulière des opérations de suivi environnemental basé sur les indicateurs benthiques peut être proposée selon un pas de temps à définir.

Coordonnées:
Client: Distillerie de Savanna – 2 Chemin de Bois Rouge – 97440 – St André – tel/fax: 0262 580398 / 580651
ARVAM: (Agence pour la Recherche et la Valorisation Marines)
14, rue du stade de l’Est, 97490 Sainte-Clotilde, La Réunion
Tél: 02 62 28 39, Fax: 02 62 28 08 81


4- CONCLUSIONS- RECOMMANDATIONS
les rejets de vinasse de la Distillerie de Savanna sont actuellement effectués par un système de forage d’injection souterrain situé sur le littoral au droit du complexe industriel.
Après injection à – 117m de profondeur et propagation en milieu souterrain / sous-marin sur plus de 1,5 Km, les produits issus de la dégradation des vinasses atteignent le milieu marin récepteur profond (BRGM, 1992).
- de supprimer l’impact d’un rejet aménagement qui est maintenant fonctionnel depuis 10ans sont: phénomènes de géo-épuration d’un rejet direct en milieu marin notamment en zone littorale (cf. souterrain)
- D’éloigner le plus possible de la côte la zone d’incidence potentielle des vinasses en mer en mettant notamment à profit la topographie et la nature des fonds marins (présence de plaines et de canyons sédimentaires profonds),
- D’utiliser les capacités d’accumulation et d’intégration du milieu sédimentaire profond vis-à-vis d’apports terrigènes et organiques importants (vinasses) ou de composés équivalents.
Le suivi environnemental a débuté en 1994-1996 puis en 1999. Le nouveau bilan de 2003 permet d’acquérir une nouvelle série de données sur le milieu sédimentaire et sur la macrofaune associée.

RESULTAT SUR LE MILIEU SEDIMENTAIRE
Concernant la dynamique sédimentaire, l’étude 2003 ne met pas en évidence d’anomalies particulières dans la distribution des sédiments tant au niveau de la zone de Bois Rouge que de celle de Champ Borne.
Elle traduit une assez grande stabilité des sédiments notamment en zone profonde (-100 à -190 m), tant au niveau spatial (zone témoin / zone de Bois Rouge) qu’au niveau des variations inter-annuelles. L’interprétation des données acquises sur le compartiment sédimentaire précise que:
- l’essentiel des fluctuations granulométriques observées sont essentiellement le fait des composantes naturelles du milieu océanographique. Elles confirment le rôle prépondérant de la bathymétrie et de l’hydrodynamisme sur les sédiments (gradient progressif « côte ? large »), déjà mis en évidence lors des analyses précédentes,
- Aucune déstructuration particulière du milieu au niveau de la zone d’action potentielle des vinasses (canyon de Bois Rouge), n’a été mise en évidence par l’analyse des profils sédimentaires. Ces zones sont déjà naturellement très envasées, ce qui constitue une de leurs caractéristiques.
- La « zone témoin » située au niveau de la Pointe de Champ Borne se comporte de manière assez spécifique par rapport au site de Bois Rouge. Même si les principaux schémas structuraux du milieu sédimentaire sont reproductibles sur les deux zones, la Pointe de Champ Borne reste caractérisée par un hydrodynamisme important qui est à l’origine de composantes sédimentaires spécifiques assez différentes de la zone d’étude. Elle demeure donc intéressante à suivre, mais doit être considérée comme un « faux témoin » au regard de la problématique traitée ici.
Du point de vue de l’enrichissement organique (MOT), l’analyse met en évidence les principaux éléments suivants:
- Les taux mesurés en 2003 restent très faibles sur l’ensemble des zones profondes. Ils sont en adéquation avec les données préliminaires en cours d’acquisition sur d’autres secteurs.

Sédimentaires de l’île tels que a Baie de St Paul, La Possession, Beaufonds (bigots L., thèse de Doctorat en cours).
- Les fluctuations spatiales et temporelles du taux de matière organique des sédiments restent globalement modérés quelque soient les stations considérées. Elles mettent plutôt en évidence une utilisation rapide du potentiel organique qu’il soit d’origine naturelle, ou issus de la dégradation des vinasses en milieu souterrain, par le milieu et la macrofaune associée. Ceci constitue donc un élément intéressant à prendre en considération vis-à-vis de la stratégie de rejet en sous-sol marin par forage d’injection.
- Les faibles valeurs observées actuellement sur Bois Rouge, constituent en tant que tel un élément indicateur de qualité du milieu sédimentaire par rapport à la définition de zones dites enrichies (cf. stratégie de recherche d’indicateurs physico-chimique et biologiques). Ils reflètent une des caractéristiques du milieu benthique dans un secteur littoral soumis à un hydrodynamisme très fort, couplé à une insularité marquée.
Résultats sur la macro-faune associée
Le bilan 2003 est révélateur d’un milieu benthique stable , où le milieu et les communautés benthiques présentent une bonne cohésion structurelle au niveau des zones profondes, notamment au niveau de la zone d’incidence des vinasses situées face au complexe sucrier.
Par ailleurs, l’analyse comparative des communautés benthiques 1999 / 2003 sur les stations situées dans la zone à très forte probabilité d’action des vinasses ( canyon sous-marin de -100 à -160 m), montre que les forts accroissements d’abondance et de biomasse noté en 1999, se confirment et se maintiennent globalement en 2003 (très légère baisse observée).

La structure et l’état des communautés biologiques qui en résulte peuvent donc être qualifiés de classiques, et ne se traduisent pas de déstructuration particulière du milieu.
En revanche, et contrairement à la situation de 1999, la répartition des populations benthiques et notamment des communautés faunistiques bio-indicatrices d’ apports organiques est plus homogène, et répartie sur une surface géographique plus étendue au niveau des zones profondes. Ceci constitue donc un élément très positif du point de vue environnemental.
De plus, cette abondance de la biomasse, (cf.cycle de la matière), est associée à un maintien de la richesse spécifique, ce qui constitue un élément positif supplémentaire.
Il montre que l’accroissement de productivité observé sur le canyon sous-marin est modéré et régulier (apports organiques diffus). L’intégration des rejets par le milieu benthique profond (sédiments / faune) semble se faire très progressivement, dans le cadre d’un cycle de dégradation classique en milieu sédimentaire. L’enrichissement souterrain qui en résulte semble donc profiter à toute la communauté benthique sans générer de déstructuration faunistique massive. Ce résultat montre que la capacité de charge du milieu souterrain au niveau des zones profondes n’est pas atteinte du point de vue de la charge organique et minérale du milieu souterrain au niveau des zones profondes n’est pas atteint du point de vue de la charge organique et minérale du milieu.
Sur les autres zones d’étude de bois Rouge, la situation faunistique est stable et montre très peu d’évolution au cours des 3 dernières années. A ce titre, le suivi de stations spécifiques située à un niveau bathymétrique plus important (zone des -160 – 190 m) devant Bois Rouge, ne révèle pas de modification de structure des biocénoses benthiques.
Dans le même ordre d’idée, la zone témoin de Champ Borne évolue de manière tout à fait spécifique et différente par rapport à la zone de Bois Rouge. En accord avec les résultats des analyses sédimentaires, les fluctuations observées y sont plus considérées comme d’origine naturelle, et correspondent à des caractéristiques hydrodynamiques spécifiques.
Le bilan environnemental dressé à l‘issue de la campagne 2003 tend à montrer qu’il existe réellement une incidence diffuse et une évolution globale de la zone spatiale soumise à l’incidence de rejet souterrain, comparativement aux zones alentours. Cet impact reste cependant très modéré et l’évolution stable depuis ces 3 dernières années. Elle est à considérer dans l’état actuel des connaissances sur le milieu marin benthique, comme positive du point de vue environnemental (cf. enrichissement organique et faunistique) au niveau de zones sédimentaires profondes naturellement pauvres et d’un compartiment hydrologique également oligotrophe.
Le diagnostic actuel souligne le succès de la dynamique attendu et souhaité au nouveau de l’écosystème benthique profond, notamment marqué par un très faible niveau d’impact en mer, et une parfaite intégration des rejets de vinasse (et de ses dérivés) en milieu « souterrain / sous-marin ».
Le mode de propagation et le niveau d’intégration des rejets en milieu souterrain reste cependant très difficile à évaluer et à quantifier aujourd’hui. Ils font actuellement l’objet d’un travail de recherche spécifique en hydro géologie (thèse de Doctorat en cours) qui devrait apporter de précieux éléments de réflexion en ce sens.
D’or et déjà, les capacités d’intégration du milieu marin sédimentaire profond vis-à-vis d’un rejet par forage d’injection, sont avérées et bénéfiques à l’échelle de 10 années consécutives de rejet, si l’on considère les paramètres d’abondance et diversité biologique comme des indicateurs fiables et pertinents.
Même s’il est difficile de prévoir, à l’heure actuelle et au niveau de la dynamique en cours qui est tout à fait classique, si la situation environnementale se maintiendra, les résultats sont très encourageants et mêmes positifs pour le milieu marin profond.
Lorsqu’un rejet en milieu naturel s’avère inéluctable aux vues des différentes contraintes liées à l’activité industrielle, le constat actuel confirme qu’une stratégie de rejet par forage d’injection en zone marine littorale, avec exutoire en milieu sédimentaire profond constitue une des solutions les moins pénalisantes du point de vue environnemental.
À l’issue de ce bilan « bilan/diagnostic » environnemental du milieu marin benthique, il peut être proposé de poursuivre le suivi scientifique régulier du milieu benthique tel q’il est réalisé depuis 1994, couplée à une analyse régulière en hydrogéologie (cf. études en cours).
Le suivi spécifique du milieu marin (sédiment / faune) pourrait être mise en œuvre, sur des bases méthodologiques identiques ou plus poussées (ajout de nouveaux paramètres, études hydrologiques ciblées en zone de rejet,…), en fonction des besoins et attentes des partenaires, et en l’absence de toute modification des conditions de rejet actuel.
Ce suivi apporte en effet des éléments fondamentaux et pertinents de suivi sur les zones profondes difficilement accessibles, comme en témoignent les études effectuées depuis 1994. Même si ces paramètres sont novateurs et ne font pas encore partie de textes réglementaires officiels (réflexion en cours au niveau national), ils permettent de suivre notamment les capacités d’intégration et les capacités de charge du milieu profond soumis directement ou indirectement aux rejets de vinasse. Le cas échéant, ils pourront apporter des éléments importants d’aide à la décision en fonction des résultats obtenus (gestion des rejets dans le temps, quantification, stratégie de rejet alternative,…)