L’injection se révèle, au vu de l’étude
biologique effectuée en parallèle à la nôtre,
une solution environnementale très pertinente en ce qui concerne
la gestion des effluents d’une Distillerie dans le cadre géologique
offert par le secteur du site pilote de Bois Rouge, le de L Réunion.
L’approche hydrogéologique adopté apporte elle aussi
certains éléments en faveur de cette option. La mise en place
évidence de production de méthane vient attester une digestion
microbienne anaérobie de la matière organique contenue dans
les fluides injectés. Nous bénéficions en fait d’un
réacteur naturel dont il s’agit encore de mieux comprendre
le fonctionnement pour en optimiser le rendement.
Ce réacteur dépend beaucoup d’un processus récurrent
aux forages d’injection: le colmatage de l’aquifère
cible. Ce phénomène a comme conséquence particulière
que l’écoulement régional aura tendance à contourner
cet obstacle, où la perméabilité s’en trouve
réduite au fil du temps et de la succession des opérations
d’injection. La dilution de l’effluent est ainsi contenue à une
distance raisonnable (elle est de moitié à environ 30m du
puits), favorisant ainsi le maintien de la nature anaérobie de cette
zone, facteur nécessaire à la méthanisation.
Nous bénéficions par conséquent de la succession anaérobie/
aérobie, idéale pour une expression optimale de la faune
microbienne. Rencontrées au sortir de la zone à perméabilité réduite,
les conditions aérobies induisent une dégradation plus lente
de l’effluent, déjà naturellement pré-traité.
Le système peut alors compter sur un temps de transfert, jusqu’à l’exutoire
en mer de l’aquifère, d’environ trois ans pour les premières
arrivées et ce, dans les conditions les moins favorables de nos
simulation numériques. Il est dès lors légitime d’escompter
une dégradation quasi-total de l’effluent accompagnée
d’une dilution certaine, ne provoquant qu’un enrichissement
lent et diffus du point de sortie en mer du rejet souterrain de vinasses.
Cela permet alors d ‘expliquer la relative stabilité de l’équilibre écologique
des milieux sous-marins profonds, dont l’abondance de biomasse supplémentaire,
associée à un maintien de la richesse spécifique,
est à considérer comme un atout de plus à l’actif
de la solution environnementale ici examinée.
Mais c’est surtout l’aspect hydrodynamique dans la zone proche
du forage d’injection qui a surtout retenu notre attention au cours
de cet ouvrage. La part du colmatage s’est avérée de
première importance dans le développement des pressions d’injection
; toutefois, au regard de ce que nous avons pu rencontrer à travers
la littérature, le domaine volcanique récent se révèle
particulièrement favorable. Alors que, classiquement, le colmatage
se caractérise par des chutes bien plus drastiques de perméabilité,
dans notre exemple, les caractéristiques du milieu ne chutent, au
maximum estimé, que de deux unités de log de perméabilité.
Les autres facteurs hydrogéologiques favorables rencontrés
sur le site- pilote de Bois Rouge résident, d’une part, dans
l’importance de la série limono-argileuse surmontant la cible
de l’injection, sans laquelle la drainance verticale suggérée
aurai eu des conséquence bien plus néfastes et d’autre
part, dans la non-contamination des ressources en eau potable en amont
du point d’injection, bénéfice issu de la recharge
importante connue par les aquifères de la côte au-vent de
l’île.
Certains points n’ont pas été abordés au cours
de notre analyse. L’étude plus approfondie de certains d’entre
eux pourrait ajouter davantage d’éléments positifs
en faveur de la pratique de l’injection comme solution à la
gestion de déchets dégradables en domaine volcanique insulaire.
En particulier, une analyse plus détaillée, à propos de
taux de dégradation de la matière organique, apparaît essentielle
dans la suite des travaux ici présentés. En effet, l’approche
adoptée dans notre étude, via l’analyse des ions majeurs,
ne permet de montrer que peu de choses, sinon une décroissance préférentielle
des sulfates par rapport aux autres ions, conséquence du régime
nutritionnel des microorganismes participant à la dégradation.
Une novelle campagne de prélèvement portée sur le suivi
de l’évolution de la Demande Chimique en Oxygène (D.C.O.),
couplée à celle des ions majeurs et des caractéristiques
physico-chimiques, devrait mieux caractériser l’efficience de notre
option. La mise en culture d’échantillons rocheux, saturés
en vinasse, est envisagée comme complément aux prélèvements.
Les vinasses pourront être brutes, diluée avec de l’eau douce,
ou encore mélangées à une eau salée à saumâtre,
dans l’optique d’injections effectuées au sein du biseau salé.
L’IUT de saint-Pierre de l’Université de La Réunion,
au travers du Département de Génie Biologique, est, dans cette
optique, déjà impliquée, mettant son laboratoire et ses équipements à disposition
du Dr Hervé Bernard, collaborateur chimiste sur ce projet. Dans cette
perspective, comparer l’efficience de notre option, vis-à-vis des
autres existantes, pourra alors être possible, en particulier au regard
de celle, plus coûteuse, affichée par les réaceurs biologiques
industriels.
Ces derniers se caractérisent aussi par leur aptitude à pouvoir
aussi bénéficier du méthane produit par la digestion bactérienne
comme ressource énergétique, en général à hauteur
de 0,2 litre par gramme de D.C.O. digéré, soit autour de 70% du
gaz produit dans l’état actuel du dispositif de la Distillerie de
Savanna, le méthane produit est perdu. Pourtant, en fonctionnant avec
deux puits, il serait possible d’envisager un processus différent,
avec njection/repos/pompage/dégazage/réinjection. Dès lors,
le méthane pourrait être récupéré. La proximité de
la centrale thermique de Bois Rouge est, dans cette perspective, un atout certain.
Il s’agirait alors d’approfondir notre compréhension des facteurs
influant sur l’efficience variable du réacteur naturel, mise en évidence à l’examen
des différentes pentes des montées en pression observées
en condition statique. L’initiative similaire menée par la compagnie
Terralog Inc., pour le compte de la ville de Los Angeles, à partir de
puits d’injection de bio-solides issus du traitement des eaux usées,
peut être, sur ce sujet, l’occasion d’une collaboration étroite
avec le Underground Injection Control (UIC) – Région 9, de l’Agence
américaine de Protection de l’Environnement (US-EPA), initiateur
de ce projet.
Mais ce sont là encore des pistes de travail qui s’éloigne
du domaine de l’hydrogéologie. Or ce site d’étude,
par la combinaison de tant de phénomènes complexes présents,
représente une réelle gageur vis à vis d’une modélisation
numérique du système.
|