Suivi environnemental des rejets de Distillerie de Savanna
Evolution des écosystèmes marins 1994-1999
Analyse de l'impact sur le milieu et les peuplements benthiques

Conclusions de l'étude réalisée par l'Arvam pour le compte de Distillerie de Savanna - Mars 2000

La réalisation de cette étude, 6 années après le début du suivi biologique initié sur ce site, concrétise le souhait des différents partenaires (Industriels, scientifiques, Structure de l ‘état, Collectivités) de rechercher le meilleur compromis possible entre activité industrielle, recherche de solutions de traitement ou de rejets alternatives, et protection de l’environnement marin littoral, qui constituent autant d’enjeux fondamentaux pour La Réunion.

 

Cette étude qui peut être qualifiée de pilote et novatrice pour La Réunion a débuté en 1993 par une première phase d’étude basée sur une approche pluridisciplinaire (réalisation de suivis physico-chimique, biologique, halieutique, …).

Elle s’est ensuite focalisée en 1999 lors d’une seconde étape, sur un suivi plus précis basé notamment sur l’analyse d’indicateurs biologiques et physico-chimiques pertinents du milieu récepteur, permettant d’appréhender l’évolution progressive et durable du milieu marin profond au niveau du site de Bois-Rouge.

Dans ce cadre, plus de 5000 dénombrements d’organismes et plus de 300 analyses sédimentaires ont été effectués, permettant ainsi de réaliser un diagnostic environnemental rigoureux au regard de la complexité du sujet traité (difficultés d’intervention in situ, approche scientifique novatrice sur les indicateurs biologiques, suivi des rejets, …).

 

Aujourd’hui, ce suivi environnemental apporte un certain nombre de réponses à des interrogations et à des attentes souhaitées par les différents partenaires :

1- L'impact des rejets de vinasse de la distillerie en milieu marin semble se confirmer au regard du mode de rejet par forage d’injection, adopté initialement :

Les analyses effectuées en 1999 mettent en évidence un impact sur les écosystèmes marins profonds localisés face au complexe industriel, qui peut être considéré comme positif pour l’environnement marin.

En effet, le suivi des bio-indicateurs endogés et des variables du milieu ont mis en évidence un accroissement significatif de la biomasse animale et un maintient de la biodiversité, liés à des enrichissements organiques et minéraux en milieu sédimentaire profond. Ceci constitue en soit des éléments exceptionnels pour des zones marines habituellement assez pauvres d’un point de vue biologique.

Cette amélioration de la structure des peuplements biologiques profonds constitue un élément positif pour l’environnement marin dans la mesure ou elle contribue à développer les réseaux trophiques et la productivité naturelle du milieu marin en zone profonde (source alimentaire potentielle pour les peuplements halieutiques).

2- Le type de rejet adopté par forage profond répond avec satisfaction aux attentes environnementales liées à ce choix méthodologique, notamment destiné à préserver la bande côtière.

Les résultats semblent confirmer le rôle attendu de "filtre géologique épurateur" effectivement joué par le milieu marin souterrain en zone littorale, dans la mesure où des résurgences d’effluents organiques dégradés semblent affecter le milieu marin sédimentaire profond 5 à 6 années après le début des injections de vinasse. Ceci confirmerait le temps de transit très long des effluents dans le sous-sol marin.

Le suivi des peuplements biologique dans le temps montre qu’il existe une très forte probabilité pour que ces effluents naturellement dégradés par le sous-sol soient à l’origine de l’accroissement de biomasse localisé dans l’espace au niveau de " la zone à plus forte présomption de sortie d’effluents identifiée en 1992 /1993 ".

Dans le même temps, toutes les analyses effectuées par la DASS sur les nappes phréatiques littorales et sur le piézomètre de contrôle situé en amont du forage d'injection se sont révélées négatives à une pollution par la vinasse. Ceci constitue donc un argument supplémentaire confirmant l’utilisation préférentielle de ce procédé de rejets en zone maritime lorsqu’ils ne peuvent être évités.

3- L'utilisation des peuplements endogés vivant dans les sédiments comme des indicateurs biologiques de qualité du milieu benthique (analyse structurelle des communautés, espèces déterminantes, …) s'est révélée particulièrement sensible et efficace pour détecter les modifications de constitution du milieu marin, même modérées.

La transposition de cette approche méthodologique et son application à d'autres types de pollution organique (urbaine, industrielle, agricole) en zone marine littorale est donc tout à fait envisageable.

Le suivi environnemental du milieu marin réalisé depuis 6 ans a permis d’acquérir un certain recul qui peut être considéré aujourd’hui comme significatif, même si une certaine prudence doit être gardée dans l’interprétation des résultats obtenus à l’issue de la campagne de suivi 1999 (impact à 8 /10 ans).

Cependant, ce travail devrait être complété par une approche hydrogéologique complémentaire permettant de mieux comprendre le fonctionnement réel des transits hydriques en milieu souterrain au niveau du forage d’injection.

La situation du milieu marin profond et de ses peuplements peut être considérée comme satisfaisante à ce jour.

Comparativement à d’autres procédés de rejet en mer, le forage profond en zone littorale semble constituer un mode de rejet optimal à mettre en œuvre, lorsque que cela s’avère nécessaire et possible, dans le cadre d’une politique de gestion intégrée de l’environnement marin littoral.

Il permet de concilier :

1 - la préservation de la bande côtière à forte sensibilité écologique,
2 - une productivité biologique complémentaire en milieu profond,
3 - l’utilisation d’un procédé de rejet original et novateur, intégré dans l’environnement marin de La Réunion.